Qu'est-ce que PITT?

La force de guérison de l’imagination – Traitement des séquelles de traumatisme orienté sur les ressources.

 

Edition allemande: Klett-Cotta 2001 (17ème édition – 2013). Traduction: Olivier Piedfort

L’ensemble de ce livre contient de très nombreux exercices en imagination que l’on peut pratiquer avec les patients, ainsi que des technique de rencontre avec le trauma. Le livre entier a été traduit pour les séminaires que Mme Reddemann donne à Lausanne depuis décembre 2010.

 

Edition française: Satas 2016. Psychothérapie des traumatismes complexes. Olivier Piedfort-Marin, Luise Reddemann.

 

En 1985, j´ai pris la direction d´une clinique psychiatrique. A cette époque, les psychothérapeutes et les psychiatres ne se posaient pas de questions quant aux traumatismes que leurs patients et patientes avaient pu vivre. Les psychanalystes étaient d´avis que les traumatismes, s´ils avaient de l´importance, en avaient en tous les cas moins que les fantasmes. Alice Miller, qui a publié quelques livres sur ce thème au début des années 80, n´a pas été prise très au sérieux dans les milieux spécialisés. La plupart du temps, on a traité les traumatismes dont parlaient les patientes comme des fantasmes. En particulier, le prétendu abus sexuel - je préfèrerais plutôt parler de violence sexualisée - ce qui me semble plus correct, car il ne s´agit pas de quelque chose de sexuel mais bien de violence utilisée de manière sexuelle - a été perçu comme l´expression de soit-disant fantasmes oedipiens. Ainsi, les psychanalystes des années 70 et 80 étaient encore plus conservateurs que Freud, qui lui, n´avait tout de même pas entièrement exclu la possibilité d’une violence sexualisée contre les enfants.

 

Dans notre hôpital, peu de temps après mon arrivée au poste de directrice, a été mis en place sur la proposition d´une collègue engagée dans le mouvement féministe, un groupe pour les femmes. Les patientes s´y sentaient assez sûres pour parler de la violence qu´elles avaient subie. Aujourd´hui, nous savons que derrière de nombreuses maladies psychiques et psychosomatiques, en particulier les troubles de la personnalité de type Borderline mais aussi les toxicomanies, les troubles des conduites alimentaires, les comportements d´automutilation, les troubles somatiques et les troubles anxieux, se cachent des expériences traumatiques comme cause ou cause concomitante. A cette époque-là, il nous a fallu un certain courage pour accepter en tant que telles les expériences que nous relataient les patientes. Cela ne voulait bien sûr pas dire qu´il s´agissait de rapports qui concordaient avec les détails criminologistes, mais nous avons cru nos patientes lorsqu´elles nous ont raconté leurs expériences de violence et de violence sexualisée et que ceci avait eu des effets nocifs et préjudiciables sur leur âme et sur leur corps. Ceci se répandit vite et de plus en plus de femmes ayant un vécu semblable voulaient venir chez nous en thérapie - aujourd´hui, nous avons aussi de plus en plus d´hommes qui viennent chez nous avec des vécus similaires. Nous nous sommes vus confrontés à un manque d´outils thérapeutiques pour le travail avec les traumatismes et les conséquences des traumatismes. Un point important à ce propos était que avec notre travail dans le style appris jusque-là, nous devions tous combattre des problémes importants de burn-out. Par ailleurs nos patientes étaient loin d´aller aussi bien que nous l´espérions.

 

Je suis donc partie à la recherche d´autres chemins thérapeutiques que ceux que nous connaissions alors. Nous avons découvert que dans d´autres pays on disposait déjà de larges connaissances concernant les traumatismes et leurs stratégies de thérapies correspondantes. Ainsi, nous avons commencé à apprendre de nouvelles choses. Mais nous avons au moins autant appris par nos patientes. Le plus décisif a été de reconnaître ce qu´Hölderlin a formulé de la façon suivante : „Mais là où est le danger, grandit aussi ce qui sauve“. C´est ce que nos patientes nous ont appris car elles avaient trouvé pour elles-mêmes des issues créatives dans des situations de très grande détresse. Elles s´étaient créé des lieux intérieurs et quelquefois extérieurs dans lesquels elles pouvaient se sentir à l´aise et en sécurité. Elles avaient „inventé“ des accompagnateurs intérieurs, des fées, des anges gardiens, des sortes d´animaux et d’autres choses pour ne plus avoir à se sentir seules et pour se consoler. Lorsque nos patientes ont remarqué que nous ne les prenions pas pour des folles mais qu´au contraire, nous avions une haute estime pour leurs solutions créatives et que nous trouvions celles-ci admirables, elles nous ont laissé prendre part à ces mondes intérieurs. J´ai appris auprès de Carl Simonton (1992) des exercices qui avaient exactement le même effet que ce que nos patientes avaient fait de façon spontanée : créer des images d´un lieu agréable et d´êtres aidants. J´ai appris que ceci correspondait pour l´essentiel à de vieilles méthodes utilisées par les chamans. Aujourd´hui, je pense qu´il y a en chacun de nous quelque chose comme un chaman ou une sagesse intérieure. Certains verront peut-être là une tendance ésotérique et rejetteront cette argumentation. J´ai trop souvent pu observer que les personnes qui étaient très bouleversées et surtout ces personnes-là, disposaient en elles de connaissances et de sagesse qui vont beaucoup plus loin que ce que connait le moi conscient. Mais la plupart des gens a oublié d´écouter attentivement cette sagesse intérieure et pour entendre la sagesse intérieure, il faut du calme. Il faut aussi remettre la raison à la place qui lui revient et ne pas la placer au-dessus de tout.

 

Nous avons appris que chaque personne disposait de forces d’auto-guérison et que notre devoir le plus important est de les soutenir celles-ci. Entre-temps, les connaissances sur les forces d’auto-guérison ont fait leur entrée dans la science sous la forme de recherche dans le domaine de la psychologie positive et de la résilience. Lorsque nous encourageons nos patients à écouter leur sagesse intérieure, nous soutenons leurs forces d’auto-guérison et les forces souvent troublées peuvent circuler librement.

Nous avons appris que nous pouvons soigner au mieux les personnes souffrant de conséquences de traumatismes par une thérapie en trois phases. Celle-ci comporte une phase de stabilisation, une phase de rencontre avec le trauma et une phase d´intégration. Pour cela, il est particulièrement important, pendant tout le traitement, de veiller à la stabilité intérieure et à la stabilisation des patients. C´est seulement ensuite qu´il est possible de donner un nom aux zones sombres et après, il est fructueux et libérateur d´en parler. Il faut de la force intérieure et un accompagnement extérieur attentionné pour rencontrer l´horreur du passé, et il est important pour nous de le rendre possible.

 

C´est ainsi qu´est né mon intérêt quant aux différentes possibilités existantes pour accompagner des gens à être plus stables et leur apprendre à se consoler eux-mêmes. Je me suis alors souvent heurtée à l´incompréhension et au rejet de mes collègues. Beaucoup ont du mal à digérer l´idée qu´une personne meurtrie puisse se consoler elle-même et qu´elle puisse apprendre cela en thérapie. L´idée qui prédomine est que c’est presque exclusivement la tâche de la thérapeute, en tant que moi aidant, de consoler. Et pourtant les patientes qui ne font pas cet apprentissage seules ou qui on été quasiment dépossédées de cette capacité par la thérapie, deviennent de plus en plus dépendantes de l´attention que leur portent les thérapeutes. Comme ceux-ci ne peuvent évidemment pas être toujours à leur disposition, il se développe souvent un dilemme considérable aussi bien pour la patiente que pour la thérapeute. Si au contraire la patiente apprend dès le départ que sa thérapeute la croit capable de se consoler elle-même avec les capacités dont elle dispose en elle, et si la thérapeute et la patiente cherchent avec persévérance les ressources de cette dernière, cela donne beaucoup de courage à la patiente. Ceci ne signifie pas que la thérapeute ne se mette pas à la disposition de la patiente en tant qu´accompagnatrice empathique et compatissante mais, dès le début, elle montre bien ses limites et les limites de la thérapie. Peut-être que cette simple question éclaire beaucoup de choses: comment une personne aurait survécu s´il n´y avait pas eu en elle des forces d’auto-guérison, une volonté de (sur-)vivre et quelque chose pour se consoler? Les images intérieures de lieux sûrs et d´accompagnateurs bienveillants me semblent confirmer cette hypothèse.

 

A la recherche de nouveaux chemins, je suis aussi entrée en contact avec la méditation bouddhiste et j´ai appris certaines choses concernant la psychologie bouddhiste. D´après moi, le message essentiel de cette psychologie est cette phrase que l´on attribue à Bouddha : „Il n´y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin.“ Que cela signifie-t-il ? Beaucoup de gens – si ce n’est pas tout le monde - cherchent bonheur, joie, satisfaction et pourtant ils occupent la plus grande partie de leur vie à enlever les pierres du chemin qui les empêchent d´être heureux. Ce faisant, les gens sont plus occupés par les pierres que par le bonheur. Il s´ensuit une concentration sur le malheur ce qui a souvent pour conséquence que l´on devient encore plus malheureux car, comme chacun sait, on „a“ ce sur quoi on se concentre. Les approches centrées sur les solutions nous ont appris à nous concentrer davantage sur les solutions ou, plus exactement, à nous concentrer autant sur les solutions que sur les problèmes, c´est-à-dire qu´il faut veiller à garder l´équilibre entre les deux. Nous avons incité nos patientes à se concentrer à peu près autant sur leur capacité au bonheur que sur leurs soucis et leurs problèmes. Nous les avons aussi invitées à prêter aussi bien attention à leurs compétences et à leurs propres forces qu´à leurs sentiments d´impuissance. Il apparaît aussi souvent clairement que les problèmes sont loin d´être présents 24 heures sur 24, mais seulement temporairement. Mais en se concentrant dessus, il semblerait que la vie n´est faite que de problèmes. Nous avons compris que c´est seulement lorsque les capacités au bonheur avaient été redécouvertes et qu´elles étaient renforcées qu´il pouvait y avoir confrontation avec les expériences traumatiques sans que cela soit extrêmement stressant et à la limite du supportable. Celà aussi contredit l´opinion de beaucoup de personnes qui croient nécessaire de s´occuper d´abord des souffrances avant de pouvoir être heureux. C’est une simple expérience de tous les jours de voir qu´il est plus facile de résoudre des problèmes quand on est en forme. Veillons donc, que nous soyons patiente ou thérapeute, à être en contact avec nos sources d´énergie intérieures. Il est alors plus facile de gérer, de résoudre ou d´intégrer les terribles expériences du passé. Pour cela, il faut tenir compte du fait que dans le cas d´un état de stress posttraumatique, les horreurs du passé se „ressentent“ comme si elles se déroulaient maintenant. Cela veut dire qu´il faut souvent parcourir un long chemin en thérapie pour pouvoir comprendre que l´on est aujourd´hui un autre ou une autre que dans le passé.

 

Nous avons appris que la pleine conscience et la compassion avec soi même représentent des éléments essentiels de la guérison. Nous avons appris beaucoup d´exercices qui permettent d’exercer cette pleine conscience et la compassion et nous les transmettons.

 

Notre thérapie est fondée sur une base intégrative, s´appuyant sur une théorie psychodynamique. Nous pensons que la psychanalyse avec ses concepts de transfert et contre-transfert et d´inconscient nous offre une base de compréhension très utile mais qu’il faut modifier les interventions psychanalytiques pour pouvoir répondre aux exigences des traitement des personnes traumatisées.

 

L´un des autres fondements de notre travail est de prendre en compte le fait que nous sommes chaque jour en quelque sorte un être nouveau - un être différent. Beaucoup de personnes vivent avec l´idée qu´elles sont toujours les mêmes. Ceci ne correspond pas à la réalité, pas même du point de vue physiologique. Car notre corps se renouvelle et change constamment. Sur le plan spirituel, nous changeons aussi. J´invite la lectrice et le lecteur à se souvenir d´elle ou de lui quelques années auparavant ou même de remonter plus loin encore. Vous n´aviez certainement pas les mêmes opinions, les mêmes désirs, préférences ou avis qu´aujourd´hui.

 

Ce processus d´évolution est pour nous tellement évident que nous n´y réfléchissons pas. Lorsqu´on médite, on remarque vite que les pensées, les sentiments, les sensations changent sans cesse. Cela fait peur à certaines personnes parce qu´elles croient que seule la constance peut leur donner la sécurité nécessaire. „La seule chose qui ne change pas, c´est le changement“ disait Lao-Tseu. Je vois en cette révélation une grande chance. Si nous nous exerçons à percevoir en nous ce changement sans le juger, nous y voyons là un potentiel qui est lui, de toute façon à notre disposition. Aujourd´hui, je ne suis plus celle que j´étais hier. Ainsi, je peux commencer - la personne d´aujourd´hui - à entrer en contact avec tous les nombreux moi que j´ai étés. Le moi d´aujourd´hui peut parler avec les moi plus jeunes, les consoler, les soutenir, recevoir du soutien d´eux et ainsi de suite. Et, ce qui est le plus important, c´est que je peux, à partir de maintenant, prendre de nouvelles décisions pour l´avenir. J´accorde de la reconnaissance à tout ce que je n´ai jamais été. Il ne s´agit pas de refouler et d´oublier mais il s´agit de s´accorder la chance que l´aujourd´hui, le moment présent met à ma disposition ce que je veux être. Ainsi, je peux finalement laisser mon passé à sa place, c´est-à-dire dans le passé et je peux prendre un nouveau chemin. Parmi beaucoup de chemins, la personne d’aujourd‘hui peut choisir le bonheur comme chemin et peut prendre soin de ses moi blessés.

 

Les réflexions décrites ci-dessus ont ouvert des perspectives dans mon travail thérapeutique. Dans ce livre, j´aimerais exposer comment il est possible, malgré de grandes souffrances personnelles, de prendre un chemin thérapeutique prenant en compte dès le début les capacités intérieures au bonheur tout autant que la souffrance. Ainsi, on peut remettre la souffrance bien plus tôt à la place qui lui revient. Erich Fried dit : „Il existe un seul contrepoids au malheur... et c´est le bonheur“. J´aimerais souligner que les personnes ayant vécu des expériences d´impuissance extrême diposent au contraire ou justement pour cette raison de compétences et de forces propres. C´est pourquoi les patientes et les patients sont pour moi des partenaires avec qui je collabore.

 

Nous avons tous en tout temps et en tout lieux un élément magique à notre diposition : notre imagination. Avec l´aide de cette imagination, il est possible de nous créer des mondes intérieurs où nous trouvons consolation, aide et force indépendamment du bon-vouloir et de la bienveillance de notre entourage. Beaucoup de personnes traumatisées le savent spontanément et ont utilisé leur imagination de la sorte dans des situations insupportables. Notre capacité à imaginer est le moyen nous aidant à entrer en contact avec ce que nous avons de salutaire en nous. Ainsi, l´utilisation d´images ou plutôt de pensées imagées se retrouve dans tout notre travail avec les personnes traumatisées.

 

Dans ce livre, je voudrais montrer comment nous incitons nos patientes et nos patients à créer peu à peu d´abord un contremonde au monde des images traumatiques, puis comment nous travaillons avec les images traumatiques et comment finalement, nous parvenons à intégrer les expériences d’horreur dans le contexte de leur vie. Vous trouverez ici les principaux exercices tels que nous les utilisons afin que la lectrice ou le lecteur puisse les comprendre. D´après notre expérience, ces exercices peuvent également être utiles sans qu´il y ait eu d´expériences traumatiques.

Je vais illustrer notre travail à l´aide d´études de cas. Dans ces études de cas, nous avons procédé à des changements au niveau des détails pour préserver la personnalité des patientes et des patients.

 

Si vous voulez vous informer en plus sur les formations à la thérapie PIT ou acheter le livre de Mme Reddemann veuillez contacter:

Institut Romand de Psychotraumatologie

Direction: Olivier Piedfort-Marin, Lausanne, et Eva Zimmermann, Fribourg.

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